La Casa : 9,5 M€ de CA en 2025 sur le marché du coliving (60 maisons et 900 chambres)
Victor Augais, CEO de La Casa

Bienvenue dans cette 106ème édition de Super Biens, le seul média 100% PropTech & FinTech en France. Interviews de CEO, 1 mercredi sur 2.

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Hello Victor, peux-tu nous présenter ton parcours ?
Hello Léo-Pol, je m’appelle Victor Augais et La Casa est ma deuxième aventure entrepreneuriale. Avant cela, j’ai fait une école de commerce, deux expériences professionnelles qui n’ont pas vraiment fonctionné, et cofondé UrbanSoccer, il y a une vingtaine d’années.
Tu as lancé La Casa en 2017. La genèse et la mission de La Casa ?
Ce qui m’intéressait, c’était de répondre à un double problème :
la difficulté de se loger confortablement dans les grandes villes sans gros salaires,
et la solitude quand on débarque dans un endroit où l’on ne connaît personne.
En explorant le sujet, j’ai découvert le coliving communautaire, déjà en place aux États-Unis, notamment en Californie : de grandes maisons gérées avec de la cooptation, accessibles financièrement, et surtout propices aux rencontres. Ça m’a immédiatement parlé, car derrière, il y avait aussi cette idée de transformer des biens existants, un peu comme avec UrbanSoccer où l’on convertissait des terrains de tennis en terrains de foot à 5 contre 5. C’est dans cette logique que j’ai lancé La Casa en 2017.
Aujourd’hui, on propose une soixantaine de “Casas”, soit environ 900 chambres. Ce sont toutes de grandes maisons aménagées : chacun dispose de sa chambre et de sa salle de bain, avec en plus de vastes espaces communs.
Qu’est-ce qui a le plus évolué sur le sujet du coliving entre 2017 et 2025 ?
En 2017, le coliving n’existait quasiment pas. On parlait surtout de colocation “anarchique” : chacun sa chambre, une salle de bain et une cuisine à partager. Mais des maisons de 10 à 15 chambres gérées par une société, ça n’existait pas encore.
Ce qui a changé, c’est que le modèle s’est installé. Aujourd’hui, arriver dans une ville sans rien connaître ne signifie plus forcément s’isoler dans un studio vide. Le réflexe coliving est devenu bien plus naturel.
Et surtout, nos intuitions de départ se sont confirmées. Avec le coliving, on a installé un modèle à la croisée des chemins entre des problématiques de logement et de lien social :
Le coliving est d’abord le moyen de produire une offre de logements dans un marché où la pénurie est de plus en plus criante. En août, par exemple, nous avons reçu 800 candidatures pour 40 chambres ! On n’en parlait pas autant en 2017.
Ensuite, le coliving, c’est un des vecteurs de lutte contre la solitude. De plus en plus de gens traversent des périodes de transition (études, séparation, nouveau job) et cherchent à ne pas vivre seuls.
Fonctionnement de l’offre ?
Aujourd’hui, on propose des Casas implantées principalement en Île-de-France, dans la petite et grande couronne. Nous sommes aussi présents à Fontainebleau, pour les étudiants de l’INSEAD, et à Lille. Plus récemment, nous avons ouvert notre première Casa étudiante à Paris : un grand immeuble de 64 chambres avec de superbes espaces communs entièrement partagés par les étudiants : immense cuisine, salon, salle de travail, cinéma, salle de sport.
Toutes ces offres sont visibles sur le site. Ensuite, le processus est simple : une personne intéressée dépose sa candidature en ligne. Elle passe ensuite un entretien en visio avec notre équipe “communauté”, qui vérifie que le candidat a bien compris l’esprit du coliving. Car vivre en communauté demande de l’envie, de l’ouverture et parfois quelques compromis.
Si le profil correspond et qu’une place se libère dans une Casa dans le bon secteur, nous organisons une rencontre avec les colocataires. Et si le courant passe, l’intégration se fait naturellement.
Quels sont vos critères de biens ? Pourquoi ?
Nous avons deux critères systématiques :
choisir de grandes maisons avec un espace extérieur et sans vis-à-vis ;
être à moins d’un kilomètre d’un transport en commun ferré (métro, tram, train, RER), avec des commerces à proximité et un environnement plutôt sûr.
Le nombre de chambres est un autre critère important : on en compte au minimum huit dans nos Casas (la plus grande en a dix-huit).
Dernier critère, pour qu’un projet voie le jour, il faut aussi qu’il soit économiquement viable : le prix d’acquisition ou de location doit donc nous permettre de proposer des loyers au niveau du marché.
Quels profils ont vos locataires ?
Dans nos Casas “classiques”, on retrouve surtout de jeunes actifs, avec une moyenne d’âge autour de 30 ans. Environ 20 % sont étudiants et 20 % viennent de l’étranger.
Les Casas étudiantes, comme celle que nous venons d’ouvrir à Paris, accueillent… des étudiants, évidemment ! C’est un modèle qui fonctionne bien car il répond à un besoin immédiat et concret.
Nous avons aussi testé les “Grandes Casas” intergénérationnelles. Sur le papier, l’idée répondait à un vrai sujet, casser la solitude des seniors autonomes. Mais dans les faits, cela n’a pas pris. Nous n’avons pas réussi à attirer un profil de seniors encore en bonne santé et souhaitant vraiment s’investir dans ce type de vie collective. C’est souvent lorsqu’ils ont besoin d’une aide médicalisée que la vie en collectivité est envisagée.
Peux-tu m’en dire plus sur l’offre “entreprises” ?
Très vite, certaines entreprises, notamment de grands groupes hôteliers, sont venues nous voir avec une demande claire : disposer d’une Casa entière pour loger leurs salariés. Elles avaient constaté que le logement était devenu un véritable frein au recrutement. Or, le coliving répondait parfaitement à deux enjeux :
convaincre des collaborateurs en période d’essai, souvent peu rémunérés, de venir s’installer à Paris malgré l’incertitude sur la suite de leur contrat ;
offrir un cadre sécurisant et convivial, propice aux rencontres.
Nous avons donc mis en place des Casas dédiées, gérées intégralement par nos équipes. Concrètement, l’entreprise nous indique quels salariés arrivent, généralement pour quelques mois, et nous nous occupons du reste.
Vous avez ouvert également aux investisseurs, peux-tu m’en dire plus ?
Depuis le début, La Casa s’appuie sur des investisseurs au capital de l’entreprise pour accompagner son développement. Mais depuis peu, nous proposons aussi effectivement à des particuliers ou à des institutions d’investir directement dans l’immobilier résidentiel géré.
Concrètement, nous prenons en charge toute la chaîne : le sourcing d’un bien qui correspond à nos critères, le financement, les travaux, l’ameublement, puis l’exploitation. L’investisseur bénéficie ainsi d’un projet clé en main, et nous assurons la gestion au quotidien.
4 chiffres sur votre activité ?
60 Casas
900 chambres en exploitation
9,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025
En moyenne 10 candidatures pour chaque chambre disponible
Challenge actuel ?
Notre principal défi aujourd’hui, c’est de continuer à trouver des biens adaptés. La demande est immense, mais l’offre reste contrainte : dénicher des maisons correspondant à nos critères est clairement notre challenge numéro un.
Vision à 3 ans ?
À court terme, La Casa n’a pas vocation à se développer à l’international. Bien sûr, cela génère de la visibilité, mais ce n’est pas nécessaire : le marché français est déjà immense. On estime que près de 600 000 personnes sont potentiellement intéressées par le coliving en France. Aujourd’hui, 15 000 chambres environ sont proposées en coliving, probablement 30 000 d’ici deux ans... Autant dire que nous sommes très loin d’avoir saturé le marché !
Dans les 3 ans, on va donc continuer à nous développer en France et à poursuivre nos objectifs, fidèles à notre ADN :
Produire des logements supplémentaires dans un marché congestionné : prenons l’exemple d’une grande maison de 300 m² occupée jusque-là par 4 personnes. Quand on la transforme en Casa avec 12 chambres, on crée huit logements supplémentaires. La différence devient énorme quand on multiplie ça par une infinité de nouveaux projets.
Accélérer la rénovation énergétique et la transition vers des modes de consommation plus durables : en valorisant des biens obsolètes plutôt que de construire du neuf, en mutualisant les ressources comme l’énergie ou la mobilité.
Amplifier l’impact sociétal du modèle de coliving : plus de 50 % des jeunes déclarent souffrir de solitude en France ; dans nos Casas, ce chiffre tombe à 7 %.
Une anecdote sur La Casa ?
Je voudrais partager un problème qu’on observe depuis quelques mois, lié à certains hommes politiques qui polémiquent autour du coliving. Ils affirment qu’on ferait payer 1 000 € pour 10 m², ce qui serait « scandaleux ». C’est surtout une vision très réductrice, voire complètement hypocrite.
Dans une Casa, une chambre fait en moyenne 12 m² avec salle de bain, auxquels s’ajoutent une dizaine de mètres carrés d’espaces communs partagés par personne (quote-part). Au total, cela fait environ 22 m² par personne. Sans compter que, dans ces 1 000 €, tout est inclus : l’ameublement, l’énergie, le ménage, les services, les after-work, les repas partagés… Si l’on isole ces services, on tombe plutôt autour de 700 € pour 22 m² disponible, soit un prix tout à fait cohérent avec le marché. En tout cas, bien loin de l’image caricaturale que ces personnes essaient de véhiculer.
Ton mantra personnel ?
En tant qu’entrepreneur, je pars du principe qu’il faut être profondément motivé par ce que l’on fait. À titre personnel, ce qui me porte au quotidien (et c’est aussi ce qui motive toute l’équipe), c’est la mission de La Casa : apporter une solution à un vrai problème de société. Bien sûr, il y a des enjeux de chiffre d’affaires ou de rentabilité, mais ce qui compte vraiment, c’est l’impact concret sur la vie des gens.
Qu’est-ce qui définit une boîte idéale selon toi ?
Pour moi, une boîte idéale, c’est d’abord une entreprise qui fait quelque chose qui a du sens, qui a une mission claire, menée avec exigence, et dans laquelle chacun s’épanouit : les salariés parce qu’ils aiment ce qu’ils font et progressent, les clients parce qu’ils en retirent une vraie valeur, et les investisseurs parce qu’ils soutiennent un projet qui avance dans le bon sens.
Une opportunité sous-exploitée dans le marché immobilier, en dehors du coliving ?
Le vrai sujet du marché immobilier reste la création de logements là où on en a réellement besoin. Et c’est loin d’être simple : proposer davantage d’offres dans les grandes villes est un véritable casse-tête.
À mes yeux, la réponse passe beaucoup par le développement des transports en commun. L’exemple le plus parlant, c’est la future ligne 15 du Grand Paris, qui va profondément transformer l’accès au logement.
Note de Super Biens sur la ligne 15 : ligne circulaire autour de Paris qui desservira toute la 1ère couronne.
Ouvertures : section Sud au T4 2026, sections Est/Ouest en 2031. Un grand impact à venir au niveau immobilier.
Ce type d’infrastructure change tout, d’abord en permettant à beaucoup plus de logements d’être naturellement connectés, mais aussi en désengorgeant les transports en commun dans Paris (et par conséquent les densités de population, là où elles sont les plus denses)
Une dernière chose à ajouter ?
Pour nous, le coliving, ce n’est pas seulement une nouvelle façon de se loger. C’est une manière de réinventer le vivre-ensemble et de donner du sens à l’habitat. On a lancé le projet, avec l’association Fratries, d’intégrer des personnes en situation de handicap dans nos colocations, en leur réservant quelques chambres au sein des Casas, afin qu’elles puissent vivre dans un environnement ordinaire. C’est une démarche qui nous tient particulièrement à cœur, parce qu’elle incarne l’essence même du coliving : créer des lieux ouverts, inclusifs et porteurs de lien social.
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