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FINANCE & FINTECHINVESTISSEMENT

Lita : 200M€ de financement de startups à impact triées sur le volet (4% retenues et +35k investisseurs convaincus)

Julien Benayoun, fondateur de Lita (+ offre spéciale investisseurs en fin d’interview 🎁)

Julien BenayounLita
Visuel de l’interview Lita
Julien Benayoun, Lita

Bienvenue dans cette 105ème édition de Super Biens, le seul média 100% PropTech & FinTech en France. Interviews de CEO, 1 mercredi sur 2.


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Hello Julien, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Comme Obélix, je suis tombé dans la marmite de l’entrepreneuriat quand j’étais tout petit (rires) ! J’ai commencé à entreprendre à 15 ans, en créant un club de foot, qui existe toujours d’ailleurs. Et à 18 ans, j’ai rencontré Eva Sadoun, mon associée, avec laquelle je partageais déjà un engagement sociétal fort : on a toujours eu cette envie d’agir concrètement, de s’engager. C’est ce qui nous a poussés à monter une ONG, qui, durant 4 ans, a développé des projets éducatifs au Togo. Puis pendant nos études, on a commencé à réfléchir à un projet plus structurant. On a mis nos parcours en pause pour se poser une question simple : quel problème a-t-on vraiment envie de résoudre ? Et c’est comme ça que tout a commencé pour Lita.


La mission de Lita ?

On a lancé Lita il y a une dizaine d’années maintenant, dans la foulée de la crise financière de 2008. À l’époque, on venait de prendre conscience (plutôt brutalement) du rôle central de la finance dans l’économie - à quel point elle l’orientait et la façonnait. Logiquement, on en a déduit que si on voulait transformer le monde, changer de paradigme, il fallait commencer par transformer la finance ! Mais comment réorienter les capitaux vers des entreprises qui œuvrent pour l’intérêt général quand la finance telle qu’elle existait (et existe encore aujourd’hui) est ultra opaque, très intermédiée ? Comment permettre aux épargnants d’investir dans des projets qui ont du sens (qu'ils œuvrent dans la transition écologique, la lutte contre les inégalités sociales ou la transition alimentaire), puisque deux tiers d’entre-eux y sont prêts, à performance égale ou même un peu moindre ? Comment créer un lien direct entre l’épargnant et les projets qui construisent une société plus juste, plus vivable, plus soutenable ?

Toutes ces questions ont guidé la création de Lita et la formalisation de sa mission, à savoir permettre à chacun d’investir dans des initiatives qui reflètent ses valeurs.

Et l’outil incroyable pour remettre de la proximité et de la transparence dans l’investissement, c’est la finance participative. On s’est donc appuyé sur elle et on a été un des tout premiers acteurs à avoir obtenu tous les agréments nécessaires pour exercer dans ce domaine. C’était en 2014.


Quels véhicules / offres pour les investisseurs ?

En 10 ans, on a construit une offre d’épargne qui couvre aujourd’hui l’ensemble du non-coté. L’idée, c’est de proposer des actifs à la fois économiquement viables et à fort impact social, sociétal ou environnemental.

Au début, on se concentrait uniquement sur l’equity, avec des investissements dans des startups à impact. Et progressivement, on a élargi notre champ d’action : aujourd’hui, on propose aussi d’investir dans des foncières immobilières, dans le financement d’infrastructures d’énergie renouvelable, ou encore dans des obligations émises par des PME.

L’objectif, c’est qu’un particulier puisse venir sur Lita se constituer une poche d’investissement, en complément de son épargne plus liquide. En général, on conseille de ne pas y placer plus de 10 % de son épargne globale et surtout de diversifier : entre les startups innovantes, l’immobilier à impact ou encore les projets d’énergies renouvelables.


Quel fonctionnement, concrètement ?

C’est assez simple : une fois sur la plateforme Lita, les investisseurs sont invités à compléter leur profil et à nous indiquer leurs motivations, leurs attentes en matière de risque, de rendement, de liquidité, d’impact… Et à partir de là, on leur propose des opportunités d’investissement qui correspondent à ces critères.


Stratégie d’acquisition investisseurs ?

Aujourd’hui, notre acquisition repose sur trois grands piliers, à peu près équivalents :

  • l’organique : on est par exemple très bien référencés en SEO sur des requêtes comme “donner du sens à son épargne” ou “investissement à impact”. On bénéficie aussi de la crédibilité de nos données et des labels financiers que nous avons obtenus, ce qui renforce notre légitimité et notre visibilité.

  • le SEA, donc la publicité payante, qu’on utilise pour toucher des publics plus larges, ou cibler des profils spécifiques selon les campagnes.

  • la communication des entreprises que nous accompagnons dans leurs levées de fonds : pour relayer leur campagne, elles activent leur propre communauté, ce qui génère un flux entrant pour nous.


Critères de sélection des entreprises ?

Dès le départ, on s’est dit que si on voulait encore être debout dans 10 ou 20 ans, il fallait être irréprochables sur la qualité des projets proposés.

On a donc beaucoup investi sur la partie analyse et sélection des entreprises financées. Aujourd’hui, quasiment la moitié de nos ressources humaines est dédiée à l’instruction des dossiers. Nos analystes financiers, qui viennent de parcours très classiques (fonds d’investissement, M&A, etc.), fournissent un travail colossal, soit en tant que lead investor (rôle principal dans une opération de financement), soit en co-investissement avec d’autres fonds, mais toujours avec ce double filtre : l’impact d’un côté, la viabilité économique de l’autre.

Quand on est lead investor par exemple, ce travail peut durer entre 5 et 12 semaines, entre la négociation, les fixation des conditions d’entrée et la due diligence… On se rend sur place, on rencontre les équipes, les clients, on passe au crible les finances passées et prévisionnelles, le produit, les références, etc. C’est un processus très complet.

Ce qui fait qu’on a un taux de transformation d’à peu près 3 à 7 % : sur environ 1000 dossiers reçus chaque année, on en analyse en profondeur 120, et on en sélectionne 40 au final. C’est exigeant, mais c’est ce qui garantit la solidité des projets que l’on propose aux investisseurs.


Peux-tu me donner 3 exemples d’entreprises financées récemment et ce qu’elles font ?

Bien sûr ! Je pense à trois projets très différents qui illustrent bien l’éventail de nos secteurs et formats d’investissement, et qui reflètent la profondeur d’impact des entreprises que nous accompagnons.

  • RogerVoice (ex-Roger Bonds) : c’est une startup tech dont la solution logicielle rend les appels téléphoniques accessibles aux personnes sourdes et malentendantes. Sa technologie est aujourd’hui utilisée par l’ensemble des grands opérateurs en France (Orange, SFR, etc.), pour répondre à leur obligation d’accessibilité. Quand on est entrés au capital, la boîte était encore toute jeune. Aujourd’hui, elle approche le million d’appels gérés par an, elle est rentable et en croissance.

  • Trion : une PME que nous avons financée sous forme de dette, qui conçoit et installe des mini-usines de méthanisation. Le but est toujours le même (transformer des biodéchets en gaz) mais contrairement aux grandes unités industrielles, souvent éloignées de centres urbains, Trion propose des solutions plus légères et locales, directement en zone périurbaine. Ce qui réduit les transports et les émissions.

  • Foncière Chênelet : un acteur du logement social et écologique dont la particularité est de développer exclusivement en zone rurale, pour des publics en parcours de réinsertion. Là où la plupart des projets de ce type sont concentrés dans les périphéries urbaines, Chennai intervient là où les besoins sont tout aussi réels mais souvent oubliés, avec des modules plus petits et adaptés à des territoires moins denses.


4 chiffres sur votre activité ?

  • 200 millions d’euros investis dans des entreprises à impact,

  • 250 entreprises financées depuis notre lancement,

  • 35 000 investisseurs particuliers qui nous font confiance,

  • 10 ans d’existence, depuis nos débuts en 2014.

Pour donner d’autres ordres de grandeur :

  • on investit en moyenne 1 million d’euros par entreprise,

  • chaque investisseur a un encours moyen d’environ 6 000 euros chez Lita.

La conclusion, c’est que l’investissement à impact, ce n’est pas seulement une histoire de gros patrimoines : c’est une dynamique collective, portée par des milliers de citoyens qui veulent donner du sens à leur épargne.


Challenge actuel ?

Notre enjeu, ça va être de capitaliser sur notre historique et de capter les investisseurs qui ont été sensibilisés à investir directement dans l'économie. L’ambition fondatrice de la finance participative était de reconnecter la finance à l’économie réelle, en finançant directement des entreprises porteuses de sens. Or, c’est exactement ce que nous faisons depuis 10 ans, avec une exigence forte sur l’impact. Et aujourd’hui les sous-secteurs les plus dynamiques sont ceux dans lesquels nous sommes déjà positionnés : l’investissement dans les PME rentables, les énergies renouvelables, la transition écologique. Notre défi, ça va donc être de démontrer, chiffres à l’appui, qu’on a des performances qui nous placent dans le top du secteur :

  • 6 sorties réussies,

  • un taux de défaut de 20% en equity,

  • un taux de défaut de 10% en dette.

Le second enjeu, c’est le lancement d’une nouvelle activité complémentaire : un fonds d’investissement institutionnel.

Ce fonds, actuellement en closing à 25 millions d’euros, investira en capital dans des PME rentables engagées dans la transition écologique et alimentaire. L’originalité, c’est que ce fonds investira systématiquement avec la plateforme.

Cela nous permet de renforcer un modèle hybride, avec une jambe retail citoyenne et une jambe institutionnelle, pour continuer à structurer l’investissement à impact à grande échelle.


Une anecdote sur Lita ?

Quand on a lancé LITA.co il y a dix ans, on avait à peine 23 ans. On allait voir des acteurs de la finance pour leur dire qu’on voulait permettre aux citoyens d’investir dans des entreprises à la fois rentables et engagées sur le plan social, sociétal ou environnemental. Et on nous répondait systématiquement : « Concilier performance économique et impact, ce n’est pas possible. Vous rêvez ! »

Une décennie plus tard, on est toujours là et les chiffres parlent pour nous : on a démontré que l’impact n’est pas un frein à la rentabilité, bien au contraire ! Et ce qui est frappant, c’est de voir que, comme l’impact est devenu à la mode, nombre de nos détracteurs, qui n’y croyaient pas au départ, s’y sont mis !

Bref, ce n’est pas toujours simple d’être précurseurs, mais on est super fiers d’avoir tenu bon, d’avoir su convaincre, d’avoir tracé la voie, surtout de l’avoir fait avec cohérence, depuis le premier jour.


Ton mantra personnel ?

Ne pas attendre. Agir.

Je crois profondément qu’on ne peut pas rester dans l’inaction en espérant que d’autres fassent à notre place. On a une responsabilité individuelle. Et même si on se trompe, même si on fait des erreurs, ce qui compte, c’est d’essayer.

C’est une philosophie que j’essaie d’insuffler dans nos équipes : tu tentes, tu apprends, tu progresses. Il faut se libérer de cette peur de mal faire, surtout dans le contexte actuel, avec les enjeux climatiques, sociaux, et économiques immenses auxquels on fait face.

Alors oui, peut-être qu’une action sur dix aboutira. Mais cette action-là peut tout changer. L’inaction, c’est le seul vrai échec.


Qu’est-ce qui définit une boîte idéale selon toi ?

Pour moi, une boîte idéale, c’est avant tout un alignement fort entre les fondateurs, les équipes dirigeantes. Il faut partager une vision, mais aussi une façon de traverser les crises, de célébrer les victoires, de se projeter sur le long terme. Ce socle humain est fondamental, et pourtant, il est souvent sous-estimé dans l’analyse des projets. Car, ce qui fait souvent échouer une boîte, ce n’est pas l’idée ou le marché, c’est le désalignement au sein de l’équipe fondatrice.

Au-delà de la complémentarité des profils, il faut de l’énergie, du plaisir à exécuter, une vraie envie d’incarner le projet au quotidien. Une bonne idée ne suffit pas. Si tu n’as pas envie de vendre ton produit, si tu ne crois pas à ce que tu fais ou que tu ne t’épanouis pas dans ton secteur, ça finira par bloquer.


Une opportunité sous-exploitée dans le marché de l’investissement à impact ?

Aujourd’hui, l’investissement à impact est encore trop focalisé sur les premiers tours de table. Ce qui manque, c’est le financement secondaire — cette étape charnière où une startup à impact devient une entreprise nationale, voire européenne, capable de changer d’échelle.

Très peu de boîtes à impact ont réussi cette transition. Il y a des exceptions, comme Back Market, mais elles restent rares. Et tant qu’on n’aura pas davantage de success stories à grande échelle, beaucoup continueront à penser qu’impact rime forcément avec compromis sur la performance.

Ce qu’il manque, ce sont des fonds capables d’accompagner ces boîtes dans la durée, avec les moyens de leurs ambitions. Si on crée cette chaîne de financement complète, on débloquera quelque chose de fondamental. L’impact ne sera plus une alternative idéaliste, mais une évidence économique. Et ça, c’est encore devant nous.


Dernière chose à partager ?

Je crois qu’il y a encore un chantier colossal à faire autour de l’éducation financière.

Depuis dix ans que je travaille sur ces sujets, je suis frappé par le décalage entre les valeurs que portent certains citoyens très engagés sur l’écologie ou les questions de société, et l’usage qu’ils font de leur épargne.

Je vois des gens prêts à bouleverser leur quotidien pour réduire leur impact : ne plus prendre l’avion, consommer local, boycotter certaines marques… mais continuer à placer leur argent dans des banques classiques… Ils peuvent financer des secteurs à l’opposé de leurs convictions, parfois même sans le savoir…

Le problème, c’est que l’entrée en matière sur l’épargne se fait souvent au mauvais moment, quand on va voir un banquier pour son prêt immobilier par exemple. Qui va forcément pousser des produits maison, sans pédagogie, sans perspective d’impact.

Et pourtant, l’épargne est un levier d’action gigantesque. Peut-être même plus puissant que certains gestes individuels du quotidien, car il permet de soutenir directement des projets qui transforment la société. Il ne faut pas opposer les deux, évidemment. Mais il est temps que les citoyens prennent conscience qu’ils peuvent aligner leur argent avec leurs valeurs.


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