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MyFenix : briser le plafond de verre de l’investissement fĂ©minin (400 modules + 2 000 femmes en 1 an)

Erell Tassin, CEO de MyFenix (+ accùs 1 mois offert + offre partenariat FinTech en fin d'interview 🎁)

Erell TassinMyFenix
Visuel de l’interview MyFenix
Erell Tassin, MyFenix

Bienvenue dans cette 108Úme édition de Super Biens, le seul média 100% PropTech & FinTech en France. Interviews de CEO, 1 mercredi sur 2.


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Hello Erell, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Hello LĂ©o-Pol, depuis petite j’ai envie de comprendre le monde qui m’entoure. J’ai fait mes Ă©tudes Ă  Sciences Po Paris, oĂč j’ai d’ailleurs rencontrĂ© mon associĂ© Caio. J’avais choisi cette voie parce qu’elle permettait d’aborder les grands enjeux de sociĂ©tĂ© et de rĂ©flĂ©chir Ă  des solutions, cela dit moins par l’entrepreneuriat que par le secteur public.

Au cours de mes Ă©tudes, je me suis spĂ©cialisĂ©e dans l’énergie et j’ai rejoint le fonds de Corporate Venture Capital d’ENGIE en AmĂ©rique latine une fois diplĂŽmĂ©e. Depuis le Chili, je suivais toute la rĂ©gion : PĂ©rou,Colombie, etc. C’est Ă  ce moment-lĂ  que j’ai eu la premiĂšre rĂ©vĂ©lation. En analysant des dossiers de start-up, je constatais qu’il y avait trĂšs peu de femmes entrepreneures. Et, de l’autre cĂŽtĂ© de la table, il n’y avait malheureusement aucune femme investisseuse. Cette double absence m’a frappĂ©e.

Le deuxiĂšme Ă©lectrochoc est arrivĂ© Ă  mon retour en France, pendant le Covid. En AmĂ©rique latine ou au Royaume-Uni, oĂč j’ai aussi vĂ©cu, l’argent se discutait librement. Ici, mĂȘme entre amies proches, parler de salaire ou d’argent restait tabou.

Ces expĂ©riences croisĂ©es ont nourri mon envie d’agir, donc je me suis lancĂ©e dans l’entrepreneuriat. J’ai lancĂ© une premiĂšre start-up centrĂ©e sur les femmes et l’investissement, qui voulait labelliser les acteurs financiers engagĂ©s sur la paritĂ© Ă©conomique. Mais le secteur n’était pas encore suffisamment mĂ»r : les banques, par exemple, ne produisaient pas encore d’enquĂȘtes sur le sujet et ne savaient pas elles-mĂȘmes quelle part de leur portefeuille client Ă©tait composĂ©e de femmes. Cette aventure a nĂ©anmoins posĂ© les bases de ce qui allait devenir MyFenix.


Quelle est la mission de MyFenix ?

Avec MyFenix, on s’est donnĂ© pour mission de briser le plafond de verre de l’investissement pour construire un monde plus durable. On veut Ă  la fois permettre aux femmes d’investir pour elles-mĂȘmes, afin qu’elles atteignent leurs objectifs de vie, mais aussi leur donner les moyens de participer activement Ă  la transformation de la sociĂ©tĂ©.

Aujourd’hui, 8 femmes sur 10 Ă©pargnent rĂ©guliĂšrement
 mais seulement 1 sur 3 investit. Ce dĂ©calage reprĂ©sente un potentiel colossal : prĂšs de 3 500 milliards de dollars d’épargne restent inactifs dans le monde ! C’est autant d’argent dormant qui pourrait financer des entreprises, soutenir l’innovation et accĂ©lĂ©rer la transition Ă©cologique, etc.

C’est lĂ  que MyFenix intervient, en aidant les femmes Ă  se sentir lĂ©gitimes et Ă  l’aise dans leur rapport Ă  l’investissement. Et en leur rappelant qu’investir n’est pas seulement un choix personnel, c’est aussi un acte citoyen. On parle souvent du vote politique, en oubliant que l’investissement est, lui aussi, un vote. Car chaque euro placĂ© contribue Ă  dessiner le monde de demain.

Dernier point essentiel : notre dĂ©marche n’est pas d’opposer femmes et hommes, mais bien de rendre l’investissement accessible Ă  toutes et Ă  tous.


Fonctionnement de l’app MyFenix ?

Notre conviction, c’est qu’avant d’investir, il faut comprendre. Avec MyFenix, on a donc priorisĂ© l’angle de l’éducation financiĂšre plutĂŽt que celui de l’investissement direct. Pour cela, on a conçu une application de micro-learning : 200 modules de formation (vidĂ©os, exercices, outils pratiques) sont dĂ©jĂ  disponibles, 200 autres sont en cours de lancement au cours du trimestre.

Ces contenus sont courts, accessibles, et surtout conçus par des experts du secteur. Nous avons la chance de collaborer avec le top des profils du secteur, comme Barbara Sessa (Directrice GĂ©nĂ©rale de Mastercard), par exemple. L’idĂ©e est d’offrir aux utilisatrices un apprentissage de haut niveau, qui leur permette de se sentir lĂ©gitimes et capables de passer Ă  l’action.

ConcrĂštement, le parcours dĂ©bute par un travail sur le rapport Ă  l’argent et le mindset financier. On explore ses comportements face Ă  l’argent, ses archĂ©types financiers, avant de dĂ©finir ses objectifs de vie. L’investissement n’est jamais une fin en soi, c’est un outil au service de ces objectifs. Une fois cette base posĂ©e, on entre progressivement dans le concret : comprendre ce qu’est l’investissement (notamment le long terme), puis dĂ©couvrir des thĂ©matiques plus techniques, sans jargon inutile.

Pour accompagner ce cheminement, nous proposons aussi du coaching financier. Ce n’est pas le cƓur de notre modùle, mais c’est une passerelle utile pour celles qui veulent aller plus loin.


Quelles ont été les principales évolutions depuis le lancement ?

Au dĂ©part, MyFenix devait ĂȘtre une application d’investissement, mais le marchĂ© Ă©tait dĂ©jĂ  saturĂ© et trĂšs concurrentiel. On a trĂšs rapidement compris qu’il fallait pivoter, d’autant que la demande du marchĂ© ne rĂ©sidait pas tant dans l’investissement lui-mĂȘme que dans l’éducation financiĂšre. C’était le vĂ©ritable maillon faible des acteurs traditionnels.

MĂȘme si les banques ou assurances publient des vidĂ©os YouTube, des posts Instagram, organisent des ateliers
 elles ne font pas de rĂ©el suivi ni de mesure d’impact. Du coup, ces actions dĂ©clenchent rarement un passage Ă  l’investissement.

MyFenix vient combler ce vide. On a créé, pour ces acteurs financiers traditionnels, des parcours pĂ©dagogiques dĂ©diĂ©s Ă  leur clientĂšle, soit prĂȘts Ă  l’emploi, soit co-construits avec eux. Et surtout, on va leur permettre de mesurer : combien de femmes progressent ? combien franchissent rĂ©ellement le cap de l’investissement ?

Et les chiffres confirment notre intuition. Selon notre Ă©tude rĂ©alisĂ©e en mars, 98 % de nos utilisatrices souhaitent continuer Ă  se former aprĂšs les premiers modules, et 4 sur 5 prennent la dĂ©cision d’investir. Pour celles qui suivent un coaching personnalisĂ©, le passage Ă  l’action est unanime, puisque 100 % investissent vraiment.


Les frais / le business model ?

CĂŽtĂ© business model, nous fonctionnons sur abonnement. En B2B, nous opĂ©rons comme un SaaS avec des licences pour les clientes des banques et assurances, avec une option de coaching. Notre objectif n°1, c’est d’ĂȘtre l’outil pour accompagner les femmes vers plus d’autonomie et de bien-ĂȘtre financier.


Quels liens as-tu avec SISTA et ce que ça apporte principalement pour MyFenix ?

Nous avons intĂ©grĂ© la promotion SISTA x AXA (l’organisation qui promeut et finance les femmes entrepreneures dans la tech) de l’an dernier.

On a Ă©tĂ© accompagnĂ©es sur des sujets stratĂ©giques comme la structuration du capital entre nos associĂ©s ou la prĂ©paration des levĂ©es de fonds. Et au-delĂ  de l’accompagnement technique, on a bien sĂ»r aussi profitĂ© du rĂ©seau puissant de SISTA. On a pu rencontrer des expertes inspirantes et Ă©changer avec d’autres fondatrices.

Aujourd’hui, grĂące aux Ă©changes avec la communautĂ© SISTA, nous rĂ©flĂ©chissons Ă  crĂ©er de nouveaux parcours, notamment autour d’un sujet encore sous les radars : les finances personnelles des femmes entrepreneures. Se lancer dans l’entrepreneuriat peut ĂȘtre une aventure formidable, comme cela peut aussi fragiliser financiĂšrement. Or, la maniĂšre de se protĂ©ger pour ne pas s’appauvrir quand on entreprend est clairement un sujet absent du dĂ©bat public.


4 chiffres sur MyFenix ?

  • 15 experts engagĂ©s dans la crĂ©ation de contenus et d’ateliers

  • 400 modules de formations disponibles (200 dĂ©jĂ  en ligne + 200 nouveaux en cours de sortie)

  • 2 000 femmes formĂ©es depuis le lancement de l’application il y a un an

  • Une croissance accĂ©lĂ©rĂ©e attendue grĂące au dĂ©veloppement du B2B, qui permettra d’atteindre rapidement un volume largement supĂ©rieur


Challenge actuel ?

Aujourd’hui, notre principal dĂ©fi, c’est le dĂ©veloppement commercial B2B. Au lancement, on s’est basĂ©s sur le B2C pour nous dĂ©velopper. L’objectif Ă©tait de mieux comprendre les besoins des femmes en matiĂšre d’investissement et co-construire l’application avec nos utilisatrices, nous l’avons d’ailleurs financĂ©e grĂące Ă  une campagne de crowdfunding. C’était sĂ©duisant sur le papier, mais extrĂȘmement coĂ»teux et complexe dans la rĂ©alitĂ©, surtout sur un sujet aussi sensible que l’investissement des femmes.

AprĂšs avoir engagĂ© nos premiĂšres centaines d’utilisatrices en B2C, nous avons pivotĂ© sur le B2B pour accĂ©lĂ©rer et accroĂźtre notre impact. Aujourd’hui, on prĂ©fĂšre travailler directement avec des institutions financiĂšres qui veulent former leurs clientes, au lieu de convaincre une Ă  une des utilisatrices. On a eu la chance d’ĂȘtre suivi par des femmes dirigeantes dans les banques et assurances, avant mĂȘme de lancer notre application et notre site internet. Elles sont devenues nos premiĂšres ambassadrices
 et aujourd’hui, nos clientes !

ParallĂšlement, nous avançons aussi auprĂšs des grands groupes, notamment sur la question du bien ĂȘtre financier de leurs collaborateurs.. Encore une fois, c’est un sujet encore trop absent, alors qu’il est clĂ© pour le bien-ĂȘtre global.


Vision Ă  3 ans ?

D’ici trois ans, je veux que MyFenix soit l’acteur de rĂ©fĂ©rence sur le sujet des femmes et de l’investissement. Notre ambition est de travailler main dans la main avec toutes les grandes banques et assurances, pour devenir leur partenaire de confiance en matiĂšre d’éducation financiĂšre. Mais au-delĂ  de ça, nous voulons crĂ©er un vĂ©ritable pont entre les besoins spĂ©cifiques des femmes et les solutions proposĂ©es par le secteur financier. Notre rĂŽle sera d’accĂ©lĂ©rer cette transformation, de changer le visage de l’investissement, et de prouver que l’inclusion Ă©conomique est un levier puissant pour bĂątir un monde plus durable.


Une anecdote sur MyFenix ?

On l’oublie parfois, mais en France, les femmes n’ont eu le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari qu’en 1965. Et jusqu’en 1967, elles n’avaient mĂȘme pas le droit d’entrer Ă  la Bourse de Paris ! La premiĂšre femme trader n’y a exercĂ© qu’en 1985. Autant dire que l’histoire de l’investissement fĂ©minin est trĂšs rĂ©cente.

C’est aussi pour cela que MyFenix existe, pour redonner aux femmes leur place dans un univers qui les a longtemps exclues. Et c’est pour cela qu’on a choisi de tourner tous nos modules sur la Bourse directement Ă  la Bourse de Paris, en salle de marchĂ©. Pour moi, c’était hautement symbolique. Mon rĂȘve, c’est d’ouvrir grand les portes de la Bourse aux femmes, d’y emmener toutes celles qui veulent s’approprier ces lieux et se sentir lĂ©gitimes dans l’investissement.

Parce qu’au fond, c’est exactement notre mission : transformer un univers historiquement masculin en un espace d’inclusion, oĂč l’argent devient un outil de pouvoir, d’émancipation et d’impact pour toutes.


Y a-t-il une femme qui t’a particuliĂšrement inspirĂ©e dans ton parcours, dans la tech ou ailleurs ? Pourquoi ?

Oui, Sheryl Sandberg. Quand j’ai lu son livre en 2015, on parlait encore trĂšs peu de la place des femmes dans la tech et dans les instances de dĂ©cision. Elle y expliquait avec force pourquoi les femmes devaient « s’asseoir Ă  la table », prendre la parole et assumer leur lĂ©gitimitĂ©. Ce livre a Ă©tĂ© un vrai dĂ©clic. Peu aprĂšs, je suis partie Ă  la Silicon Valley, j’ai visitĂ© Facebook, Google, Stanford, Berkeley
 Cette immersion a confirmĂ© mon envie de travailler dans cet univers et d’agir, Ă  ma maniĂšre, pour y ouvrir plus de place aux femmes.


Qu’est-ce qui, selon toi, pourrait faire Ă©merger plus de modĂšles fĂ©minins dans la tech et l’entrepreneuriat ?

Pour moi il existe deux leviers : l’éducation et l’argent. L’éducation car aujourd’hui encore trop peu de jeunes filles se tournent vers des filiĂšres scientifiques, il y a donc un Ă©norme travail Ă  faire sur le sujet. L’argent, car aujourd’hui, moins de 2 % des fonds sont levĂ©s par des femmes, or on ne peut pas espĂ©rer voir plus de femmes dans la tech si les financements ne suivent pas. Le milieu de l’investissement reste extrĂȘmement archaĂŻque, dominĂ© par des rĂ©seaux masculins qui, inconsciemment ou non, financent davantage des profils qui leur ressemblent. C’est un cercle vicieux : moins de femmes financĂ©es, c’est moins de femmes visibles, donc moins de modĂšles pour inspirer les gĂ©nĂ©rations suivantes, etc.

Il faut donc agir sur deux fronts. D’un cĂŽtĂ©, encourager davantage de femmes Ă  devenir elles-mĂȘmes investisseuses pour rééquilibrer le systĂšme. De l’autre, sensibiliser l’ensemble de l’écosystĂšme Ă  cette Ă©vidence : les femmes reprĂ©sentent la moitiĂ© de l’humanitĂ© et elles ont envie d’investir. ArrĂȘtons de considĂ©rer qu’elles ne s’intĂ©ressent pas au sujet ! Au contraire, donnons-leur les moyens, l’accompagnement et la confiance nĂ©cessaire pour franchir le pas. C’est loin d’ĂȘtre un marchĂ© de niche, c’est un ocĂ©an d’opportunitĂ©s !

C’est tout l’objet de MyFenix. On veut mettre en lumiĂšre des expertes, Ă©largir le cercle, montrer qu’il existe dĂ©jĂ  des femmes compĂ©tentes et inspirantes dans l’investissement et la tech. Plus elles seront visibles, plus elles deviendront des rĂŽles modĂšles pour d’autres. C’est un travail de longue haleine, mais essentiel pour transformer en profondeur le visage de l’investissement et, par extension, celui de la tech.


DerniĂšre chose Ă  partager pour conclure ?

Si je devais insister sur un point, ce serait celui-ci : nous avons besoin des hommes. Trop souvent, quand je prĂ©sente MyFenix, on me dit : « Ah, c’est une boĂźte pour les femmes », comme s’il y avait une frontiĂšre entre les deux mondes. Ce n’est ni notre vision, ni la rĂ©alitĂ©, car l’investissement, la transition Ă©cologique, la justice sociale, ce sont des sujets universels !

Bien sĂ»r, notre mission est d’accompagner les femmes Ă  prendre toute leur place dans l’investissement, mais on ne peut pas mener ce combat seules. Nous avons besoin d’hommes qui en parlent, qui s’engagent Ă  nos cĂŽtĂ©s, qui contribuent Ă  changer les codes et Ă  ouvrir les portes.

Et c’est ça qui est enthousiasmant : avancer ensemble, femmes et hommes, pour inventer une finance plus inclusive, plus durable, et construire un futur qui nous ressemble vraiment.


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