Paul Rodrigues, CEO d'Hectarea
Investissez dans la terre qui vous nourrit !

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Ton parcours ?
J’ai grandi dans le milieu agricole : mon père est agriculteur dans le Bordelais. Après avoir moi-même travaillé dans le milieu agricole après ma licence, j’ai pris un virage vers la finance. J’ai intégré le programme Grande école de l'EDHEC puis Brandeis University à Boston. Par la suite, j’ai travaillé 6-7 ans en banque d'affaires et en fonds d'investissement, sur des sujets agricoles et tech :
sur des acquisitions dans le milieu agricole (ventes de malteries, de silos, de moulins, de champs, etc.) à la Rabobank, aux Pays-Bas et à Paris ;
sur des sujets agritech pour la Creadev à New York ;
sur des sujets de cession de ventes de sociétés pour une banque d’affaires, Alantra, à Paris…
En 2022, j’ai rencontré Adime, dont le père est agronome, qui a un parcours tech data et une expérience un peu plus longue que la mienne. À l’époque, j’étais responsable des finances et de la stratégie dans une start-up et j’étais à un point de bascule où je voulais revenir au sujet agricole. Comme Adime ressentait la même chose, on a cofondé Hectarea, qui misait sur nos passés respectifs.
La mission d'Hectarea ?
Reconnecter les particuliers avec les agriculteurs qui les nourrissent, en apportant aux premiers du sens, du concret, de la durabilité à leurs investissements ; et en apportant des capitaux aux seconds.
De part et d'autre, on répond à une réelle problématique. D’après un sondage Ipsos, 60% des particuliers veulent une épargne vraiment plus responsable ! Parallèlement, avec le départ en retraite massif des agriculteurs dans les 10 prochaines années (50%), on va voir une explosion des nouveaux entrants. Or, c’est un public qui a besoin d’aide non seulement pour s'installer et financer leur exploitation, mais aussi pour accélérer la transition écologique, qui a un coût.
Concrètement, comment fonctionne Hectarea ?
Pour créer un pont économiquement viable entre les deux mondes, on propose aux particuliers d’investir uniquement dans le foncier agricole. De cette manière, le risque est contrôlé : on n'investit pas sur l'exploitation, on n'investit pas sur la plantation, on investit sur la terre. Laquelle est un actif immobilier qui présente à peu près les mêmes caractéristiques que la pierre, qui stocke les valeurs de manière assez stable sur le long terme.
Concrètement, le fonctionnement est le suivant : quand le particulier se rend sur notre plateforme, on lui propose un investissement à l’hectare (100 ares de terre). Il constitue son portefeuille de foncier agricole selon ses affinités, le potentiel de la région, etc : il peut par exemple investir dans 6 ares de vignes, 7 ares de maraîchage, 8 ares d'olivier, etc.
Jusque-là, l'investissement dans la terre était réservé à des tickets assez élevés d'investissement : avec Hectarea, on a créé un système obligataire qui permet à des petits porteurs de placer leur épargne. C’est aussi plus simple côté agriculteur, puisque cette structuration simplifie le rachat.
Quel est le ticket d'entrée ?
Le ticket d’entrée est fixé à 500 euros. On souhaitait vraiment démocratiser l'investissement dans la terre tout en restant dans une logique de placement. C’est la raison pour laquelle on offre la possibilité à ceux qui investissent de contacter l’équipe, de manière à bien comprendre la portée de leur choix.
Comment se comporte le marché du foncier agricole ?
Pour te donner les chiffres clés du marché, on est sur une valeur de 7,14 milliards d'euros en 2021 de transactions agricoles en France. On constate une profondeur de marché très intéressante, avec énormément de transactions. Et comme je te le disais, les besoins en financement de la part des agriculteurs vont aller croissants, alors que le nombre d’investisseurs dans la terre reste pour le moment en-deçà.
Concernant les rendements, la terre a pris à peu près 4% par an ces dix dernières années. Ce qui est important de noter par ailleurs, c’est qu’on a, en France, la terre agricole la moins chère d'Europe de l'Ouest, à 6 000 € l'hectare, en moyenne. Aux Pays-Bas, on est à 70 000 € l’hectare, en Belgique 40 000 €, dans les pays latins entre 12 000 et 20 000 € l'hectare. Les perspectives sont donc plutôt intéressantes effectivement concernant l'évolution du prix.
Quels types de gains avec des terres agricoles pour les investisseurs ?
J’aime bien dire qu’il y a trois piliers pour l'épargne/l’investissement sur le foncier agricole :
La stabilité du foncier ;
La rentabilité, d’abord via les loyers versés par l’agriculteur (ou fermage) - environ 3% net versés sur la plateforme ; puis via la plus-value à terme lors d’une revente ;
L’impact : un investissement dans le foncier agricole a une réelle incidence sociale. En déchargeant l’agriculteur de l’achat de la terre, on lui permet de libérer de la trésorerie pour monter en compétences, notamment sur les aspects écologiques et les pratiques durables, de mieux vendre ses produits… Avec cet investissement, on participe à financer des modèles agricoles de demain.
Votre business model ?
On a deux types de rémunération :
une commission lors de la mise en place du projet sur la plateforme, pour tout le travail préparatoire : le sourcing des agriculteurs, l’achat des terrains, la signature des acquisitions, etc. Un peu à l’image d’une plateforme de crowdfunding.
une prise de pourcentage sur les loyers pour rémunérer notre activité de gestionnaire d'actifs sur le long terme (la parcelle).
Et c’est tout ! Pas de pourcentage sur les actifs sous gestion, tels que le sont les gestionnaires d'actifs… on est rémunéré uniquement si on fait bien notre travail et qu'on perçoit les loyers !
Un ordre de grandeur plus précis sur ce business model ?
Entre 8 et 10% de commission sur le montant de la transaction, au début du projet, et une quinzaine de % sur les loyers.
Comment la plateforme Hectarea a évolué depuis que vous avez démarré ?
Elle a énormément évolué parce qu’on l’a créée from scratch. Au départ, elle intégrait des features crowdfunding un peu classiques. Au fur et à mesure du développement, on a réfléchi à ce qui pourrait vraiment reconnecter les particuliers avec les agriculteurs qui les nourrissent.
On a donc imaginé une interface, comme un mini réseau social, via laquelle les investisseurs et les agriculteurs peuvent communiquer : ces derniers peuvent par exemple poster des photos, des vidéos de ce qui est fait sur l’exploitation, donner des actus telles que la participation à un salon… On voulait sortir des logiques très impersonnelles qu'on peut parfois voir avec l’investissement de type SCPI ou grosses foncières. Ce lien direct avec l'agriculteur, qui gère les terres dans lesquelles les investisseurs investissent, c’était central pour nous.
Votre stratégie d’acquisition ?
Étant fils d’agriculteur, j’ai un réseau agri assez important et ça aide énormément ! Ensuite, on travaille avec des prescripteurs, plus ou moins étatiques : la SAFER, qui régule les transactions agricoles en France, les chambres d'agriculture qui aident à installer les agriculteurs, des regroupements etc… On collabore évidemment avec des partenaires bancaires, qui financent une partie des projets. Après, on a pas mal de dossiers qui nous arrivent en direct.
Côté investisseurs, on a, pendant tout le temps de développement, créé du contenu pour communiquer sur notre mission. Au fur et à mesure, on a créé une base qui vient de dépasser les 2500 particuliers inscrits sur la plateforme. On va continuer dans cette voie, en fédérant notre communauté autour de ce que l’on appelle le club des investisseurs dans la terre, notamment via de l’événementiel.
Quelques chiffres à partager sur l'activité d’Hectarea ?
Une levée de fonds de 500.000 euros en juillet dernier, au cours de laquelle on a regroupé les experts de nos piliers d'activité. Sur la partie agri, on a par exemple le fondateur de Terroirs d'avenir. Sur la partie épargne, on a un des fondateurs d'Energy, un des fondateurs de Nalo. Enfin, sur la partie tech, on a le fondateur de Recommerce et d'autres personnes également.
Un projet finalisé dans le Bordelais, de 175.000 €, financé grâce à 90 particuliers.
Entre cinq et dix projets à sortir d’ici la fin de l'année. Trois sont déjà signés, un est en cours de signature.
Le challenge des trois prochains mois ?
Restons simples et concis : sortir les projets qu'on a signés ! Ce qui signifie de poursuivre notre démarche d'accompagnement, d’onboarder un maximum d'investisseurs, de les reconnecter avec des agriculteurs en régions, en les sensibilisant aux méthodes de production, etc.
Comment imagines-tu Hectarea d'ici à trois ans ?
Pour nous, l’indicateur de succès à suivre, c’est le nombre d'hectares passés sur des méthodes agricoles plus durables, via notre accompagnement des agriculteurs sur le volet financier. Tout l’enjeu va donc être de collecter assez rapidement des montants élevés sur la plateforme, pour financer un maximum de projets de conversion vers le bio ou l’agriculture responsable, portés par les agriculteurs accompagnés.
Une anecdote sympa ?
Au tout départ, pour symboliser la reconnexion avec la terre, on avait imaginé, pour la plateforme, un design tout en nuances de marron… et les retours de notre public test n’ont pas été dithyrambiques, pour le dire gentiment (rires) !
Comme quoi, il faut toujours se confronter au marché…
Un mantra qui vous guide dans la construction d’Hectarea ?
Simplicité, action. L’important, c’est d’avoir une proposition de valeur simple et de délivrer.
Une dernière chose à partager ?
En France, on est les champions de l'investissement dans la pierre. Or, investir dans la terre, c'est comme investir dans la pierre mais avec de l'impact en plus !
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